Que peut bien traficoter Jean-Eudes déTRUSQué avec notre foutue imprimante ?
Quelles complications tortueuses ce branquignole tordu est-il capable d’inventer pour imprimer quelques courriers ?
Vous allez le découvrir, et bien plus encore, au travers de cet article.
Jean-Eudes avait promis de ne monopoliser l'imprimante que pour une durée limitée à trente minutes… à peine trente minutes... qui se sont converties – il ne sait par quelle curieuse contorsion de l’espace temps ! – en plus de trois heures. Presque toute la matinée en somme.
L’imprimante – l’un des deux cœurs palpitants de notre corps de métier corrélée à l’indispensable merveille de technologie qu’est l’ordinateur dans son environnement Microsoft Windows version 95, soit une quinzaine d’années de retard sur le progrès – l’imprimante apparaît à J-E.T. comme un animal sauvage de la brousse africaine qu’il ne semble toujours pas avoir dompté.
J’observais son manège qui prenait des allures ubuesques.
Je vous explique.
PHASE UN :
De ses petits doigts boudinés, Monsieur Trusq place du papier en-tête dans la machine.
Tel un peintre perfectionniste qui effectue les dernières retouches à son tableau, il tapote avec délicatesse et consciencieusement les bords et les angles droits du bloc de papier afin d’obtenir un rectangle parfait. Aucun fibre cellulosique suspecte ne dépassera du lot sinon il risque de passer quelques futures nuits blanches.*
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Papier 75g/m², bien meilleur que celui de qualité standard 80g/m², choix conseillé pour les professionnels, 100% satisfaction garantie, éco-efficacité, c’est-à-dire papier écologique et économique !
Un papier décoré dans sa partie supérieure avec le bologocoloré (en un seul mot pour accentuer l’effet.) de la Collectivité. Deux couleurs : un gris anthracite avec un sigle en jaune – le jaune, c’est trop fun ! –, version jaune d’œuf trop cuit.
Une fois le rite accompli et l’angoisse apaisée, il clique sur le symbole "imprimante". Le gazouillis de la machine s’enclenche. Une première feuille de papier en-tête est avalée et recrachée aussitôt remplie de graphèmes.
Jusqu’à présent, rien d'anormal.
PHASE DEUX :
Il saisit la feuille, admire son chef d’œuvre et l’inspecte sous toutes les coutures et sous tous les angles. Il penche la tête d’un côté, puis de l’autre, tend le bras, l’observe de loin, la rapproche de son œil d’expert fiduciaire, il bredouille quelque chose, la renverse, fronce un sourcil, porte le pouce à ses lèvres. D’un air satisfait, il la dépose sur son bureau, jette quelques coups d’œil appuyé vers le bâtiment d’en face. Aucune esthéticienne ne brandit de pancarte sur laquelle serait notée :
"JEAN-EUDES, VIENS ME PRENDRE TOUT DE SUITE"
Déçu, il saisit à nouveau la feuille encore chaude sortie du ventre de l’animal rutilant des eighties et recommence son examen approfondi. Il la retourne, l’enfile dans le bac et imprime à nouveau dessus.
Je le lui signale que chacun de nos courriers ne doit être imprimé que sur le recto.
« Tout va bien Jéérêêêmy. Tout est normal. Todo is under connetrôôôl ! Je m’entrêêêîne et je fêêêis quelques essêêêis pour m’échauffêêêr… Parce que je le vaux bien ! »
PHASE TROIS :
La machine tourne à plein régime, il imprime à la chaîne : elle surchauffe.
Au fur et à mesure de l’accumulation des courriers, il s’en débarrasse un par un ! Il les déchire non pas en mille morceaux mais d’une manière méticuleuse en trente-deux morceaux, d’une façon régulière et méthodique. Cinq étapes de déchirement : d’abord en deux, puis en quatre, en huit, en seize et en trente-deux.
« Ces copies ne sont point satifêêêisantes, se justifie-t-il. Je dois recommencer. Et je me dois de détruire toutes preuves accablantes pour la Collectivitêêê. »
Chercher à comprendre ses T.O.C. et vous rejoindrez sa folie.
Ainsi la poubelle de Jean-Eudes se remplissait jusqu’à bientôt déborder. Quel gâchis !
Pour sûr, il ne vote pas écolo et participe activement à la déforestation de la planète.
PHASE QUATRE :
Le temps passe ; J-E.T. persiste et signe.
Il m’a assujetti à sa cadence et bloque toute progression de mon travail car il me refuse tout accès à l’imprimante tant qu’il n’aura pas achevé ses courriers.
Aussi doué qu’une autruche avec un presse-purée, il s’acharne à envoyer des ordres à une machine qui les exécute sans mot dire mais sans pour autant corriger les erreurs humaines.
« Putain qu’elle fait chiiiiêêêêr cette machine de merde ! »
Ne bousille pas tout, espèce de gros bourrin !
Ses yeux se plissent, s’injectent de sang et d’humeur aqueuse, ses narines se dilatent, son souffle devient long, profond et rauque, une veine apparaît le long de sa tempe et se met à palpiter, sa lèvre supérieure tressaille. Sa nervosité se matérialise sur son visage. Dois-je prendre mes jambes à mon cou ? Il essaie de dominer la fureur qui le gagne.
BILAN :
En une matinée, il aura au final imprimé… trois courriers.
Non je ne les ai pas comptés. Il les a fièrement exhibés : trois trophées en jet d’encre.
Trois courriers en… plus de trois heures !
Une moyenne d’un courrier à l’heure.
Un rythme plutôt correct pour un… fonctionnaire de sa trempe.
* cf. "T.O.C. T.O.C." paru le jeudi 10 mars 2011.
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