Raaahh lalalala...
Première journée d’une énième semaine invariable en tout point de vue dans la Collectivité.
Une semaine réduite à quatre jours après un lundi férié des plus appréciables.
Semaine allégée et pourtant…
Déjà ma motivation s’est écroulée telle la bourse de Tokyo suite aux répercussions sismiques.
Motivation emportée dans un tourbillon de tourments par une chasse d’eau vorace.
10h25.
Nom de Zeus, il n'était que 10h25 !
Où que mon regard se portât (l’horloge en bas à droite du moniteur ou l’heure sur l’écran digital du téléphone ou encore le bracelet de prisonnier du temps communément dénommé montre), l’implacable métronome égrainait ses insaisissables minutes. Cependant, loin d’être fugitives, les minutes semblaient figées dans l’espace. Toutes les pendules indiquaient 10h25.
Bon sang, ça n’avance pas. Que le temps me paraît long ! Ne se serait-il pas arrêter ?
A peine plus de deux heures s’étaient écoulées depuis mon arrivée dans cet antre ! Antre dans lequel je resterais enfermé durant huit longues et désespérantes heures. Enfermé entre ces quatre murs où s’y exprime l’ineptie si caractéristique de mon métier. A me lamenter comme la jolie Rapunzel emprisonnée au sommet d’une haute tour, mais une Rapunzel en version chauve ! sans les longues boucles d’or qui tombent en cascade le long de son minois innocent.
Donne-moi ta tignasse, pétasse ! Fausse blonde !
10h26 !
Encore soixante secondes jusqu’à la minute suivante…
Pourquoi la courbe du temps ne s’accélère-t-elle pas pour me propulser directement à l’heure de la sortie ? Téléportez-moi dans le futur. Zappons ces heures inutiles de ma triste vie.
Une interminable journée s’annonçait et je devinais la lassitude s’enraciner en moi.
Non pas que je manquasse de travail (Que c’est laid ce subjonctif imparfait ! Tignasse, pétasse, blondasse… manquasse, même combat !), au contraire j'avais quatre mois de retard à rattraper plus une partie des conneries de Jean-Eudes à me farcir...
Ô rage, ô meurtre à l’arme blanche que je vais bientôt commettre…
Un rat mort s’amuserait mieux que moi : des tas de papelards administratifs, des courriers publipostés à imprimer, à tamponner, à plier, à envoyer, des subventions à payer, des bidouillages financiers via informatique… Bref dépourvu de tout intérêt et soporifique à souhait.
Je n’ai jamais autant expérimentÉ l'ennui que depuis que je suis à ce poste.
Sinon dans ma vie de tous les jours, cet état m’est étranger ce qui contrebalance.
Et si j’adoptais la méthode Coué revisitée par Jean-Eudes : la J-E.T. Coué Attitioude, c’est-à-dire l’autosuggestion chuchotée. Au point où j’en étais…
Courage Jérém’… Une semaine écourtée… Quatre petits jours… Ce sera bientôt vendredi.
Oublie tes états d’âme, annihile tes neurones, transforme-toi en automate…
Non, je ne peux pas… Vivement la retraite !
Retraite.
Le mot était lâché !
Un mot à bannir d’urgence de mon vocabulaire qui court vers sa décrépitude. Dans trois ou quatre décennies, il aura disparu du dictionnaire sauf en tant qu’exemple de la définition du mot utopie.
Encore quarante années à me taper… Au moins.
Je suis parti jusqu’à 70 balais !! Si ce n’est pas plus…
Si le système des retraites existe encore…
Ne te projette pas si loin dans l’avenir. Trop incertain…
Et si je reste en compagnie de l’autre dingo durant toutes ces années, je ne le supporterais pas…
A la une du magazine DÉtective :
Une histoire glauque dans la Fonction Publique : il a étranglé son collègue parce qu’il parlait trop.
La retraite en 2050.
Un rêve que seuls nos aînés et leurs ancêtres auront caressé et qui ne nous appartiendra jamais plus si l’on n’a pas capitalisé auparavant. Après les crises successives que la génération "35 heures" aura connu (chômage de plein fouet, logement hors de prix, trou abyssal de la Sécu), la prochaine crise qui nous pend au nez concernera nos retraites après avoir payé celles de nos parents.
J’en veux pour preuve un article du Monde, du 13 avril 2010 par Claire Guélaud, qui titrait :
« Retraite : sans réforme, le déficit cumulé attendrait 2 600 milliards d'euros en 2050. »
Nos parents auront savouré une vie relativement sereine, bien plus que celle des salariés d’aujourd’hui : quasiment pas de chômage, retraite à 60 ans et soins de santé sans limites.
Rapide calcul approximatif avec les données actuelles.
Après de longues études, j’ai commencé à travailler à 25 ans… pour un salaire misérable de 1 200 € à mes débuts ! (duquel l’on déduit le loyer, les charges courantes et frais de déplacement ainsi que les besoins primaires comme s’alimenter. Que reste-t-il en fin de mois ? Des clopinettes. Bonne réponse Mme Michu.) Bref, il faut cotiser 43,5 années… On ajoute quelques futures modifs du gouvernement et hop on atteint les 70 ans sans problème !
Une ampoule lumineuse s’éclaire au dessus de moi.
Cela soulève un paradoxe : les jeunes doivent faire de longues études ; et au final, nous en sommes pénalisés. Si l’on intégrait les années d’étude supérieures validées (comme si je m’étais amusé pour obtenir mes diplômes !) dans le mode de calcul des annuités pour la retraite.
A 70 balais, ma santé se sera dégradée voire détériorée de manière considérable. Je me rendrais au boulot en déambulateur avec une protection pour incontinent. Une bonne nouvelle dans ce marasme, Alzheimer m’aura rattrapé et chaque jour apportera un renouveau lorsque je redécouvrirais le con qui me fait face ! Ensuite je clamserais sur mon clavier. On retrouvera mon cadavre rigidifié baignant dans mes fluides corporels. Oui Mme Michu, les sphincters se relâchent.
Je recevrais à titre posthume et honorifique… un cercueil bio pour service rendu à l’Etat.
Voilà pour la génération "35 heures" ou la "France qui se lève tôt".
Certains en revanche s’en tirent plutôt bien. Pour ne pas les citer : tous ces hommes politiques comme le Président de la République, les sénateurs, les députés, les conseillers régionaux et généraux, les maires, les membres du Conseil Constitutionnel et compagnie. Payer comme des rois (exemple d’un député : retraite à 55 ans, même s’il n’a cotisé que quinze ans, et un revenu brut mensuel de 4 800 €) pour dormir dans l’hémicycle !
D’ici là beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts…
Donc pas de plans sur la comète.
La solution de l’avenir : cotisons dès notre naissance.
Travailler plus pour gagner plus pour… cotiser plus !
Votre esclave vous salue bien bas.
Hep Hep un p'tit comm'... - Voir les 9 comm'

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