Partager l'article ! PETIT BONHEUR FUGACE.: Chaque matin, pendant le trajet qui relie mon domicile au bureau de la Collectivité, des doigts effilés aux phalange ...
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Chaque matin, pendant le trajet qui relie mon domicile au bureau de la Collectivité, des doigts effilés aux phalanges osseuses agrippent mes boyaux. Ils les malaxent, les tordent et l’appréhension me noue l’estomac. Plus j’approche du lieu de mon incarcération dans lequel je me claquemurerais en compagnie de Concon et où je perdrais huit heures précieuses de ma non moins précieuse vie, plus l’étreinte se resserre. Je ne traine plus les pieds mais deux enclumes enchainées à des boulets, sensation qui perdurera toute la journée…
Je pousse la porte de l’antre des Enfers…
Je m’assois et me recroqueville tel un vieillard frappé d’une polyarthrite rhumatoïde généralisée. Englué dans la ganacherie, ma cervelle s’encompote. Je me momifie. Je prends mon mal en patience…
… Jusqu’à ce que carillonne la vénérable libération…
A partir de 16 heures environ, au fur et à mesure que les minutes s’envoient valser dans le grand tourbillon de l’oubli, une décharge électrique secoue mon microcosme neuronal conditionné tel un chien pavlovien. L’afflux sanguin reprend sa libre circulation. Mon visage retrouve des couleurs plus chatoyantes. Mes muscles striés retrouvent excitabilité, contractilité, élasticité et tonicité. Un pic d’énergie me tire de ma léthargie. Des ressources de dynamisme dont on ne soupçonnait plus l’existence crépitent en moi. Mon moral au creux de la vague remonte la pente tout doucement vers des cimes ensoleillées. La fin de ma captivité approche à grands pas. Je me déleste de mes chaînes aux pieds.
A l’approche des coups de cinq heures, le temps s’engouffre dans une nouvelle dimension : il s’accélère. Les commissures de mes lèvres se relèvent en un sourire radieux. Ma bonne humeur enterrée depuis le matin renaît. Je frôle le top de l’ébullition euphorique. Un énorme engouement émoustille mon être pour déguerpir le plus loin de là…
Quelques minutes avant de décamper, j’éteins l’ordinateur d’un clic impérieux et d’un index vindicatif. (Sale machine de l’époque des cavernes qui plante toujours au pire moment, tu ne m’auras pas ; je dézipperais ton mode binaire.) J’enfile mon blouson avec allégresse et ma casquette en chantonnant. De ma plus belle voix radiophonique, je salue Jean-Eudes ("Politesse. La plus acceptable des hypocrisies." Ambrose Bierce.) et lui adresse même un rictus. Pas de sourire ! Faut pas charrier non plus ! Je quitte le bureau, le pas léger, la tête dans les étoiles. Je flotte comme en apesanteur. Je traverse le couloir obscur, sorte de tunnel qui me conduit vers la lumière, vers le vomitoire, vers la Porte du Paradis, vers la catharsis, ver la délivrance.
Basta l’ascenseur, je prends les escaliers. Envie de me dépenser, envie d’évacuer le terne des dossiers, envie de me vider la tête, envie d’oublier tout dans l’effort physique. Telle l’antilope des steppes africaines, je bondis d’une marche à l’autre, celle placée au niveau inférieur. Je descends vers l’Eden asphalté et populeux, vers l’Eldorado du shopping, vers le Walhalla de mon home sweet home.
Dès lors que je claque la porte du bâtiment pour m’en échapper, culmine un bref moment de bonheur fugace. Insaisissable. Aussi puissant qu’un orgasme. Une plénitude décuplée à l’approche du week-end. Le bonheur dans la fuite…
Je revis. La vie commence. La vraie vie reprend ses droits… pas ce tissu d’absurdités !
Je respire à fond les substances cancérigènes distillées par la ville…
Et je m’esbigne en courant…
Je conclurais par une citation. Une grande poétesse, amoureuse de notre belle langue française, dont les textes d’une profondeur inégalée parlent d’eux-mêmes, déclamait :
"Sayer, cé le week-end !
Vive les super week-end ! "
Après une hésitation quant à l’exactitude des paroles, j’ai dégoté les paroles d’une fan de Lorie… qui a dû sécher quelques cours durant sa scolarité !
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